Écrit par Forkboy le 22 mai 2005.
Personne ne sait mon nom, « Forkboy ».
Je suis dans une entreprise respectable où tous les matins je salue les mêmes gens, je côtoie les mêmes collègues, je fais les mêmes gestes, je prends les mêmes postures. A force de me répéter, j'en suis devenu un élément du paysage pour les acteurs de cette énorme société. Ma mallette ressemble à toutes les mallettes, mon costume vient des mêmes magasins que tous les autres, je suis un produit standard.
Ils me parlent, m'interpellent, rient devant moi mais ne me connaissent pas. Je les plains... ils acceptent une situation qui leur est imposée. Ils se sont fait regrouper parce q'une poignée de décideurs les ont cantonné dans un département à une fonction déterminée où ils devront partager leur quotidien avec d'autres de leurs congénères qu'ils n'auront pas choisi.
J'échappe à tout ça.
Je suis dans un bureau où personne ne sait plus vraiment à quoi je sers. J'ai connu tous les remaniements classiques de la vie économique : changement de direction, changement d'actionnaires, changement d'activité, promotion en interne, déménagement du siège social, déménagement du service, licenciement d'une partie de la division, appel à des prestataires extérieurs. Avec tout ça, plus personne ne sait ce que je fais. Je suis constamment observé mais jamais on ne me demande des comptes, de peur que j'en fasse de même en retour.
Alors, j'adopte votre attitude, je prends l'air affairé, pianote rageusement sur l'ordinateur que l'on m'a mis à disposition, je passe des fax, fais des photocopies, perfore des feuilles, classe des documents dans des trieuses annotées mais tout ça ne sert à rien d'autre qu'à vous apaiser à mon sujet. Ma seule activité est de vous observer,de vous voir prendre vos mines affectées en parlant de l'avenir de ceux qui vous emploient, de vous entendre parler de primes ou de congés. Vous m'écoeurez par votre inconsistance et vos préoccupations futiles. J'en suis devenu le catalyseur de votre perte. Quand votre ordinateur ne marche plus, je rajoute un coup dessus, quand vous égarez vos documents, je les détruis quand je tombe dessus, quand vous vous plaignez de votre sort, je rajoute des griefs à vos cahiers de doléance.
Si vous avez tout investi sur votre situation professionelle, tremblez car je causerais sûrement votre perte.
J'ai hâte d'être au chômage pour me sentir en sécurité...
Écrit par nacha (URL) le 24 mai 2005 à 13:40
Les files d'attente des Assedic représentent un terrain encore plus propice pour mes agissements.
Écrit par Forboy le 25 mai 2005 à 12:37
Tu vas jusqu'à faire la bise à tes collègues tous les matins ?
Écrit par nacha (URL) le 01 juin 2005 à 09:54
J'arrive 5 minutes avant eux et je pars 5 minutes après eux pour ne jamais avoir à les croiser. Ca m'évite bien des banalités et des maladies contagieuses.
Écrit par Forkboy le 01 juin 2005 à 13:03
C'est un comportement asocial mais rationnel. Pour ma part, je n'arrive pas à résoudre le conflit "éviter les banalités / allonger mon temps de présence au travail" dans le même sens que toi.
Comme disait l'homme des rillettes, la vie est une question de priorités.
Écrit par nacha (URL) le 01 juin 2005 à 15:55