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Touchez ma bosse !

Écrit par le 08 mai 2005.

Je suis Mangoat. Vous m'appelez "l'homme-bouc", "tête-de-chien" ou encore "le yéti". Je n'ai pas de cornes, juste un crâne doté d'une forme singulière et une pilosité envahissante. Un front rongé par les cheveux, un nez envahi par les sourcils, des pommettes plantées de barbe serrée et des poils thoraciques jusque sous la mâchoire. À onze ans, j'avais déjà un duvet prononcé sur le menton et la lèvre supérieure. À treize ans, j'avais des poils sur le nez, l'extérieur des oreilles, les régions latérales du front et j'avais commencé à me raser. Un an plus tard, l'acné faisait son entrée, tout rasage me devenait impossible sous peine de souffrir d'une infection généralisée de la face pendant un à deux mois, et on commençait à m'appeler "tête-de-chien" au collège. Par la suite, les poils ont encore gagné du terrain, jusqu'à ce que mon visage entier disparaisse.

Honnêtement, je pourrais vous faire marrer dans un film des frères Farelli, dans une histoire de potache ou un conte pour enfants dans le style du "Monstre poilu". Mais dans la vie, si certains se marrent quand même, la plupart ont peur ou pitié. Ce n'est pas un scoop, la très grande majorité des sociétés a tendance à ne pas être tendre avec la laideur, encore moins si elle est "étrange" comme c'est le cas de la mienne, et cette tendance se durcit peu à peu, aujourd'hui, en occident. Ceci explique évidemment mon rejet des foules, ma propension à rester enfermé des jours entiers, mon attirance pour la nuit et les difficultés relationnelles qui ont parsemé ma vie depuis mon adolescence. Aujourd'hui, c'est un peu différent. Après avoir très longtemps mené toutes sortes d'expérimentations désespérées pour atténuer le choc que pouvait représenter la vue de mon faciès par mes contemporains, j'ai choisi une nouvelle orientation : je conserve le choc, mais j'essaye de provoquer une réaction de peur plutôt que de moquerie. Pour être honnête, ça marche beaucoup mieux.

Après tout, je dois bien me faire une raison : je suis un freak. Alors autant adopter une vision fonctionnaliste des choses et endosser mon rôle jusqu'au bout : je dois bien être utile à quelque chose. L'une des missions que je me suis attribuées dans le cadre de cette nouvelle vision de ma fonction consiste à me servir de mon expérience de reclus pour adopter une vision objective des interactions sociales de mes contemporains, les juger et, si le besoin s'en fait sentir, corriger les éléments que j'estime contraires à l'équilibre. Pour ce faire, j'ai la plus grande légitimité qui soit : ne faisant moi-même pas partie de ces interactions, mon jugement n'est que très peu biaisé par mes intérêts ou ceux de mon camp. Voici donc la première de mes facettes fonctionnelles : je suis Mangoat, premier super-héros sociologique répertorié, juge autoproclamé, légitime et incontestable et seule incarnation de l'objectivité véritable, par opposition au maelstrom de subjectivités que vous tentez d'appeler ainsi. Et je sens que vous m'aimez déjà.

Bon le justicier des rames de métro, on attend que tu sortes de ton quartier de riches et que tu t'intéresses aussi aux gens qui n'ont pas des prénoms figurant dans le calendrier.

Écrit par nacha (URL) le 18 mai 2005 à 11:24

OK, les prénoms absents du calendrier arrivent. Et je ne prends jamais le métro.

Écrit par Mangoat () (URL) le 18 mai 2005 à 14:24

Avec un nom pareil j'éviterais aussi tout ce qui ressemble de près ou de loin à une bétaillère.
Enfin, celui-là y est pas, au moins, dans le calendrier.

Écrit par nacha (URL) le 19 mai 2005 à 17:43

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