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Anamorphose

Écrit par le 02 août 2005.

Je suis Mangoat et il ne s'en est fallu que de très peu que je ne fasse encore partie du club des puceaux.

J'étais au lycée, mon front disparaissait sous mes cheveux et mes sourcils, de plus en plus difficiles à distinguer les uns des autres, et j'étais déjà, depuis quelques années, aussi solitaire qu'on puisse l'être. C'est à cette époque qu'ils ont commencé. Pas directement, jamais face à face, à moins que l'alcool, le groupe ou la colère ne leur aient préalablement fait perdre leur self-control, mais ça circulait, comme une insulte, comme l'élément caractéristique d'une forme de vie larvaire, d'un individu qui ne s'est pas ouvert au monde, ne sait pas l'apprécier, n'en saisit ni le sens ni les plaisirs. Renfermé, dépressif, j'étais démoli à chaque fois que je sentais les on-dit se rapprocher, la rumeur devenir un peu plus palpable. Je savais pourtant à tout moment qu'elle existait, qu'elle était là en toile de fond, mais c'était inévitable : à chaque fois qu'elle devenait plus tangible, je m'affaissais.

J'aurais pu faire comme ceux que l'on désignait comme étant mes semblables, et rejeter leur monde en bloc, faire celui qui savait, qui comprenait mieux qu'eux et qui décidait de les laisser à leurs enfantillages, mais je n'avais aucune certitude de ce genre, et pas la moindre envie d'en faire une façade qui m'aurait permis d'appartenir à l'anti-groupe, de vivre dans l'anti-groupe, de subir la loi de l'anti-groupe, pour au final devenir un simple connard de groupe. Alors je morflais ouvertement.

Ca a duré longtemps, pour les raisons évoquées ici depuis quelques semaines, et j'ai souvent cru que ça n'en finirait jamais. Parce qu'en vieillissant j'étais devenu lucide, parce que j'avais observé mon entourage avec une rigueur indiscutable, et parce que je m'étais beaucoup observé moi-même, en mettant un point d'honneur à le faire de façon tout aussi rigoureuse. Mais malgré ça, je ne quittais pas ma place de spectateur, et je scrutais scrupuleusement toutes les facettes de la grande parade sexuello-amoureuse, jusque dans ses recoins les moins accessibles, ceux qui ne sont fréquentés que par une infime minorité aux goûts et tendances peu populaires. C'est ainsi que j'ai découvert la trichophilie. Ca a commencé doucement, par messageries minitel et téléphoniques interposées, avant de passer à l'échange de photos par courrier et, même si je considère aujourd'hui cette période avec bien plus de recul, j'ai ressenti à l'époque le plaisir nouveau de la reconnaissance. Dans le domaine, j'étais un caïd. J'avais la pilosité la plus fournie, celle qui recouvrait le plus de surface, bref, la plus surnaturelle, et tout cela en étant le membre le plus jeune de ce freak-show exclusif.

Cette nouvelle compétitivité m'a permis de rencontrer la seule et jusqu'à ce jour unique femme de ma vie. On a baisé, et le lendemain j'étais exactement le même que la veille. Encore une victoire du marketing.

Et toi, c'est quoi ta perversion ?

Écrit par nacha (URL) le 04 août 2005 à 13:38

J'en ai un bon paquet, je pense, et elles devraient s'accumuler ici au fil du temps.

Écrit par Mangoat () (URL) le 12 août 2005 à 20:11

Merci de laisser cet endroit comme tu aimerais le trouver.

Écrit par nacha (URL) le 16 août 2005 à 14:42

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