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L'art du mensonge

Écrit par Forkboy le 29 juin 2005. - deux commentaires.

"La guerre repose sur le mensonge.

Capable, passez pour incapable; prêt au combat, ne le laissez pas voir; proche, semblez donc loin; loin, semblez donc proche" Sun Tzu, l'Art de la Guerre.

Il était là assis, d'allure paisible avec l'air bovin qu'il adopte si bien en se mettant devant un écran d'ordinateur dont le fonctionnement lui échappe totalement. Pourtant sa passivité n'aurait trompé personne, il attendait ma venue pour pouvoir commencer le discours qu'il avait prévu et l'attitude à laquelle il réfléchissait sur sa chaise depuis qu'il était arrivé, trente minutes plus tôt.

J'étais en alerte comme tous les matins mais je pris l'air décontracté de l'employé modèle. Il se mit en marche:

"Bonjour, ça va ? On aurait besoin des chiffres d'affaire de toutes les filiales, c'est une demande expresse du responsable export."

J'étais perplexe... cette demande était complètement inutile, le demandeur était complètement infondé et c'était impossible de synthétiser cette information. A l'encontre de ces pensées, je pris un air entendu :

"Sans problème"

Je me dirigeai alors vers mon bureau. Après m'être installé et dispersé quelques documents sur ma table, je laissai passer un moment puis composait le numéro interne de mon interlocuteur du matin sur le téléphone.

"Il veut les chiffres de quelle année ?

- cette année évidemment."

Je notai le ton impatient de mon correspondant

"Il faudrait rajouter les déductions de frais"

Stupéfaction de mon interlocuteur, cette remarque ne voulait rien dire.

"Mais non enfin !

- Ah bon d'accord, dis-je plein de bonne volonté"

Après avoir raccroché, je pris le temps qui s'imposait pour laisser le temps à mon correspondant de passer à autre chose puis je rappelais :

"Je suis en train de le faire mais il y a de gros problèmes avec les devises étrangères.

- Mais non, il faut utiliser le fichier de synthèse du mois dernier !

- Mais lequel ?" demandai-je sur un ton qui laissait des doutes sur mes capacités intellectuelles.

Un silence s'installa où l'on pouvait y déceler tout le temps qu'il fallait pour construire mentalement la démarche à suivre en rajoutant également le temps supplémentaire pour arriver à l'exposer de façon didactique et c'est là que tout bascula :

"Je m'en charge, dit-il nerveusement."

Ecce homo

Écrit par Forkboy le 16 juin 2005. - deux commentaires.

Tout le monde est intelligent sauf "Forkboy".

Le monde entier sait expliquer ses choix. Ca en devient même rassurant de se dire que rien n'est laissé au hasard et que tout se construit sur des raisonnements rationnels. Ainsi, untel saura expliquer pour quoi il s'unit avec son conjoint : car ils sont "complémentaires" et qu'elle sait "très bien repasser" et lui "très bien cuisiner".

La vérité vous échappe. Vous ne pouvez donc pas comprendre que l'on puisse choisir sa femme pour des raisons inconsistantes: par l'odeur qui la caractérise par exemple. Vous ne comprenez pas que l'on puisse choisir un bulletin de vote d'après la tête du candidat. Tout cela est inconcevable car les raisonnements doivent être étayés pour être valable. La faille dans cette attitude, c'est que toutes vos prévisions même dans un futur immédiat tombent à l'eau, vous comprenez toujours mais juste après. Ca ne vous fait pas douter pour autant. Tel candidat a remporté un suffrage car il y avait une conjoncture favorable dont personne ne parlait avant son élection. Votre conjoint est l'amour de votre vie car sa situation professionnelle vous sied parfaitement, son éducation est similaire à la vôtre mais si vous l'aviez choisi sur papier, votre choix aurait porté sur un autre.

Vous ne saviez pas tout ça mais, pourtant tout était joué et ça non plus vous l'ignorez.

Agression(s) II

Écrit par le 15 juin 2005. - un commentaire.

Je suis Mangoat. T'aurais dû te douter que ça se passerait pas comme d'habitude. T'as vu ma gueule, t'as eu un bon aperçu de mon humeur quand t'as remarqué mes lèvres crispées sous les poils, t'as vu que je transportais ces pieds de bureau, et t'as quand même cru que tu pouvais me sortir ta technique habituelle. Merde, quatre gros pieds de bureau en fer, avec des fixations circulaires de douze centimètres de diamètre, parfaites pour couper un rôti en tapant fort. Quatre gros pieds de bureau d'au moins cinq kilos chacun, je vois pas avec quoi tu pouvais les confondre, à part peut-être une espèce d'arme médiévale, mais ç'aurait vraiment pas été moins flippant. Je comprends pas.

Faut avouer que t'as carrément pas eu de bol. Tu m'aurais fait ton cirque un ou deux jours plus tôt, t'avais droit aux sommations d'usage, à l'intimidation bon marché qui suffit généralement à forcer les connards de ton espèce à s'enfuir, en gueulant une ou deux insultes pour faire bonne mesure et servir de tuteur à leur virilité blessée. Je suis sûr que ça aurait marché sur toi, tu te serais cassé comme une merde en essayant de garder une contenance à laquelle, rien qu'à voir ta gueule ahurie, personne n'aurait cru. Mais c'était pas le bon jour, t'es mal tombé.

T'es même mal tombé deux fois, parce que quand tu t'es mangé la fixation circulaire en pleine pommette, t'as laissé s'échapper deux ou trois sens. Genre la vue, l'ouïe et l'équilibre. C'est rarement long, une vraie bagarre, mais là on peut dire que c'était carrément court. Je sais pas si je vais l'utiliser, mais j'ai quand même gardé le pied de bureau qui a fait cette marque si profonde et pittoresque sur ta face de con, parce que ç'aurait été débile de le laisser aux flics. Et puis compte pas trop sur d'éventuels témoins pour t'aider à étancher ta soif de vengeance par moyens légaux interposés, parce que malgré ma gueule, malgré le coup que tu viens de te manger, ces connards t'aiment encore moins que moi.

Je suis un loser pessimiste, mais je suis bien obligé d'admettre que, parfois, je gagne.

Agression(s)

Écrit par le 09 juin 2005. - trois commentaires.

Je suis Mangoat et ils essayent de m'attraper par les couilles.

Tous les jours, dans n'importe quelle situation, pour n'importe quel prétexte, je sens leurs grosses mains de connards m'agripper l'entre-jambes. De cette façon, ils attirent mon attention et tentent de me convaincre d'acheter leurs cafés, leurs disques, leurs lessives. De toute ma vie, j'ai connu qu'une femme, et sur une période relativement courte. Si je suis à la rue et qu'un connard m'agite de la thune sous le nez pour me la retirer dès que je tends la main pour la saisir, mon envie de lui casser la gueule est justifiée. Si un publicitaire m'attrape par les couilles pour me vendre sa merde, je me réserve le droit d'employer tous les moyens à ma disposition pour lui faire lâcher prise. Pas besoin de slogan féministe éculé, de longue sérénade sur l'exploitation du corps ou de couplet contre le capitalisme : il s'agit d'une agression et toute mesure de rétorsion relève de la légitime défense.

Elles portent des mini-jupes, des pantalons taille basse (épilation consciencieuse obligatoire), des tops moulants courts décolletés, des soutien-gorge push-up, et se font piercer le nombril et la langue. Alors je les mate, mais elles n'ont pas l'air d'apprécier. Elles sont parfois jolies, souvent communes, mais elles n'acceptent que les regards des beaux mecs. Elles jettent ceux qu'elles pensent inférieurs, ceux qui les abordent à l'aide de "mademoiselle, vous êtes charmante" qui ne sonnent pas tout à fait français, comme si leur look était plus subtil que les phrases toutes faites de ceux qui les convoitent. Comme si les phrases qui leur font tant plaisir , celles qui sont mieux tournées et prononcées par des bouches mieux éduquées, étaient plus originales et cachaient des intentions plus louables. Elles se plaignent de ne trouver que quelques beaux poissons au milieu de milliers de tonnes d'alevins, mais elles pêchent avec des filets dont les mailles sont toujours plus serrées. Parfois, elles objectent au critique que leurs filets sont de soie, mais, au bout du compte, la densité du maillage n'en est pas affectée. On ne peut pas montrer à tous et demander que personne ne regarde.

À l'intersection de tout ça, on trouve Britney Spears, Beyoncé Knowles, Craig David, Alizée, et bien d'autres encore. Évidemment, chacun est libre de ne pas se laisser attraper par les couilles, d'esquiver, d'être plus zen que la moyenne. Évidemment, chacun est libre de répondre à sa façon à l'agression. Mais, si c'est vrai dans la plupart des cas, lorsque cette agression se fait ouvertement (Britney Spears is "a slave for you", you can hit her one more time, Alizée est une Lolita...), il arrive qu'elle avance masquée. Ma bête noire, celle à qui je ferais ouvertement la guerre si je vivais un peu différemment, est de celles-là. Elle s'appelle Lorie, elle dit qu'elle aime sa maman, qu'elle veut des bisous, que la vie est rose quand on est un gamin de dix ans et que hihi, quand même. Mais elle dit tout ça armée d'un filet aux mailles si serrées qu'elles feraient pleurer un Commissaire européen, elle pêche les bigorneaux à la grenade. Lorie, si j'avais un fils de dix ans et que tu venais remuer ton petit cul sous son nez et lui faire des lapdances jusque chez moi, si j'avais une fille de cet âge et que tu lui racontais l'innocence habillée comme une pétasse des Champs-Elysées, tu t'en sortirais pas. Vendre des disques à des gamins en les attrapant par les couilles tout en leur faisant croire que c'est pour parler de week-end ensoleillés et de positive attitude, c'est une agression. Vendre des disques à des gamines en leur disant qu'il faut aimer sa maman et accessoirement leur suggérer d'attraper les garçons par les couilles, c'est une agression supplémentaire. Et, pour moi, toute mesure de rétorsion relève de la légitime défense.

Vous me direz : "Mangoat, t'es finalement qu'un vieux réac". Mais ça me gêne pas vraiment d'être considéré comme ça par des hippies irresponsables.