Écrit par Forkboy le 30 avril 2005. - Pas de commentaire.
Je me suis rebaptisé « Fork boy ».
Tout est arrivé le jour où j'ai voulu prendre la main sur le cours des choses. J'avais décidemment trop vécu dans la passivité. On m'avait choisi un nom, une religion, une couleur de peau, une éducation, j'ai cru devenir fou quand je me suis mis à me souvenir des slogans publicitaires en passant devant les marques des produits alimentaires dans les grandes surfaces commerciales.
J'étais l'agneau prêt à se faire manger par le premier vendeur venu.
C'est une fois arrivé devant le fruit de mes achats accommodés dans une assiette que le dégoût m'a saisi. J'ai voulu vomir sur tout ce qui représentait mon absence de choix jusqu'à ce jour.
J'ai alors vu cette fourchette. C'était un ustensile rudimentaire dont personne ne soupçonnait la dangerosité. Je l'ai saisie et elle m'a renvoyé mon image comme déformée. Je renaissais. Je suis sorti en toute hâte vers l'extérieur, marchant à toute vitesse comme si devant tant de facilité à faire mes premiers pas je m'élançais, complètement grisé par le nouveau point de vue qui s'offrait à moi.
Je regardais les passants avec un oeil neuf, ils étaient des victimes comme moi d'un système qui les avait avilis et je courais parmi eux à présent.
Bien plus loin, à bout de souffle, je ralentis la cadence jusqu'à arriver au niveau d'un vieil homme gros.
Il s'était arrêté en fixant au loin un point qui n'existait pas dans la direction opposée de son minuscule caniche qui s'était arrêté. Le chien ridiculement petit s'apprêtait à déféquer et son propriétaire feignait de ne pas s'en apercevoir avec toute l'assurance dont il pouvait faire preuve.
Il fallait que je le libère de cette mascarade, qu'il puisse vivre en paix sans jouer la comédie. Dans un mouvement brusque qui peut s'apparenter à une vague caresse, j'ai planté ma fourchette entre les deux oreilles du canidé mais ce n'est pas grave, j'en rachèterai une autre.
Écrit par le 22 avril 2005. - Pas de commentaire.
Je suis Mangoat. Je vis dans un quartier thuné de la capitale, dans un de ces apparts pourris que les proprios cachent au fond des cours, derrière les façades rutilantes ravalées tous les deux ans, derrière les bâtiments sur rue dont les fenêtres dévoilent des hauteurs de plafond à vous filer des crises d'agoraphobie, derrière les portes d'immeubles en bois travaillé. Et pas la peine de jouer au plus malin : vous aurez beau faire le tour, vous trouverez une autre admirable façade. Mon appart est planqué au fond d'une cour étroite que vous ne verrez jamais à moins de vous rendre spécifiquement chez moi ou chez mes voisins immédiats. Je me plains pas, c'est Paris et d'une certaine façon j'en ai pour mon argent. Non, c'est juste le contraste qui me fait marrer.
Parce que ouais, globalement, j'aime le contraste. C'est pour ça que j'ai choisi ce quartier où les gens qui n'ont pas de chien sortent quand même matin et soir pour promener leur thune, sous forme de costards, de coiffures, de bijoux, de chaussures, de Porsche et de fière allure. Vous les croisez dans la rue, et vous ne pouvez pas vous empêcher de les imaginer glissant consciencieusement le bulletin "Lellouche" dans la petite enveloppe adéquate, la fermer et sortir de l'isoloir avec le port de tête d'Isabelle de Castille. J'adore traîner ma carcasse au milieu de leur flot. Mon esprit quitte mon corps et je savoure la vision de ce vieux clébard aux sapes délavées errant dans les rues, parcelle de simplicité dans cet environnement clinquant. Ouais, dans ces moments-là, je m'aime bien. C'est pour ça que j'ai choisi ce quartier : c'est bon pour le moral.
Et au-delà de ça, ça permet même de se payer quelques bonnes barres de rire. Entre les gros cons du vendredi et du samedi soir qui se la jouent gros durs dans leur caisse, fenêtres grandes ouvertes et Mariah Carey à fond dans l'autoradio, les têtes de cul qui se baladent avec des jeans savamment délavés, dans le genre "on pouvait pas décemment revenir aux jeans délavés de la fin des 80's et du début des 90's, alors on va en faire des nouveaux, avec des traces suspectes sur les jambes, un peu comme si la personne qui les porte se pissait chaque jour un coup sur la cuisse droite, un coup sur la cuisse gauche, et laissait le tout macérer pour attaquer les fibres du futal", ou encore les petites pétasses qui laissent tous les gens qu'elles ont croisé sur 500 mètres en grand danger de combustion spontanée tellement elles se sont aspergées, ou plutôt enduites de parfum, y a vraiment de quoi se marrer. Et je parle même pas de tous les couillons qui, du fils de prolo au gros bourge, "sortent" et se sapent pour "sortir", adoptent leur démarche de "sortie" et parlent bien fort pour qu'on regarde la chemise que leur mère leur a repassée avec application. La foire aux porcs de Plougastel.
Tout ça pour dire que, même s'il ne m'est pas vraiment adapté, ou plutôt précisément pour ça, j'aime beaucoup mon quartier. Mais je vous le prête, si vous voulez.
Écrit par le 21 avril 2005. - Pas de commentaire.
Mangoat / Forkboy est une oeuvre de fiction. Les personnages qui s'expriment sur ce site n'existent pas et leurs actes comme leurs opinions ne reflètent pas forcément ceux de leur auteur. Le prénom de Miou-Miou n'est pas Miou, on ne vérifie pas la virilité des papes, Charles Martel n'a pas arrêté les Arabes à Poitiers, Christophe Colomb n'a pas vraiment découvert l'Amérique et Dieu n'existe pas. Avec ces quelques éléments à l'esprit, vous devriez pouvoir mener une vie paisible.